Récupérer son site, son nom de domaine et ses accès chez un ancien prestataire
Par Lacina DraboPublié le

Le scénario est courant. Un prestataire a créé le site, enregistré le nom de domaine et ouvert l'hébergement à son nom. Puis il ne répond plus, ou réclame une somme pour rendre les accès. Le site continue de fonctionner, jusqu'au jour où le nom de domaine expire ou qu'une modification devient urgente.
Avant toute démarche, il faut savoir ce qui vous appartient réellement, et où cela se trouve. Ce guide donne la marche à suivre selon la situation. Il ne remplace pas un conseil juridique : en cas de litige, faites-vous accompagner par un avocat.
Ce qui doit vous appartenir, et comment le vérifier
Un site d'entreprise repose sur plusieurs éléments distincts, souvent chez des fournisseurs différents :
| Élément | À quoi il sert | Ce qu'il vous faut |
|---|---|---|
| Nom de domaine | L'adresse du site et des e-mails | Être titulaire, avec l'accès au compte |
| Hébergement | Le serveur où tourne le site | Un compte à votre nom, ou des sauvegardes complètes |
| Code et administration | Modifier le site | Un compte administrateur, et le code source pour un site sur mesure |
| Comptes Google | Visibilité, statistiques, fiche d'établissement | La propriété, avec une adresse de l'entreprise |
| Réseaux sociaux | Pages de l'entreprise | Un rôle d'administrateur |
Le nom de domaine : qui en est le titulaire ?
C'est l'élément le plus important : sans lui, plus de site, et plus d'adresses e-mail sur ce domaine. Deux notions à distinguer :
- le titulaire est la personne ou l'entreprise à qui appartient le nom ;
- le bureau d'enregistrement (registrar) est le fournisseur chez qui le nom est enregistré.
Une recherche WHOIS indique le bureau d'enregistrement et la date d'expiration du nom. Pour un .com, un .net ou un .org, l'outil officiel est ICANN Lookup. Les coordonnées du titulaire y sont souvent masquées pour des raisons de confidentialité : c'est alors au bureau d'enregistrement de confirmer qui est titulaire.
Si le titulaire est votre entreprise, vous êtes en position de force, même si c'est le prestataire qui gère le compte. Si c'est le prestataire lui-même, la démarche sera plus longue : il faudra obtenir un changement de titulaire.
Notez aussi la date d'expiration. Un nom de domaine qui n'est pas renouvelé à temps peut être perdu, puis racheté par quelqu'un d'autre.
L'hébergement et les sauvegardes
L'hébergement est le serveur où sont stockés les fichiers du site et sa base de données. S'il est payé par le prestataire, il peut être coupé sans préavis le jour où celui-ci arrête de payer.
Demandez une sauvegarde complète (fichiers et base de données) le plus tôt possible, avant même de changer quoi que ce soit. C'est votre assurance si la situation se dégrade.
Le code source et les accès d'administration
Pour un site WordPress, il vous faut un compte administrateur à votre nom. Pour un site développé sur mesure, il vous faut le code source (souvent dans un dépôt, sur GitHub par exemple) et la façon de le mettre en ligne. Sans le code, un site sur mesure ne peut plus évoluer : la seule option devient de le reconstruire.
Les comptes Google
Search Console, Google Analytics et la fiche d'établissement Google contiennent l'historique de votre visibilité et de votre trafic. Ils doivent appartenir à une adresse de votre entreprise. Le prestataire peut y être ajouté comme utilisateur, jamais l'inverse.
Cas 1 : le prestataire coopère
Envoyez-lui par écrit la liste de ce que vous demandez :
- le transfert du nom de domaine sur un compte à votre nom, ou le code de transfert (appelé aussi code d'autorisation) pour le déplacer chez un autre bureau d'enregistrement ;
- les accès à l'hébergement, ou une sauvegarde complète si vous changez d'hébergeur ;
- un compte administrateur sur le site et, pour un site sur mesure, le code source ;
- la propriété des comptes Google et l'administration des réseaux sociaux.
Vérifiez chaque accès vous-même avant de clore la relation, puis changez tous les mots de passe.
Cas 2 : le prestataire ne répond plus
- Protégez d'abord le nom de domaine. Contactez directement le bureau d'enregistrement. Si votre entreprise est titulaire, il peut vous permettre de reprendre la main sur le compte ou de renouveler le nom, sur présentation de justificatifs (les pièces demandées varient selon le fournisseur).
- Récupérez ce qui est encore en ligne. Tant que le site fonctionne, enregistrez ses textes et ses images : ils serviront si le site doit être reconstruit.
- Gardez une trace de vos relances. Conservez les e-mails et messages envoyés au prestataire, avec leurs dates. Ils seront utiles si la situation devient conflictuelle.
Cas 3 : le prestataire refuse de rendre les accès
- Relisez le contrat, le devis et les factures. Cherchez ce qui y est prévu sur la propriété du nom de domaine, de l'hébergement et du code.
- Envoyez une demande formelle, par écrit, en listant précisément ce que vous réclamez.
- Faites-vous conseiller par un avocat si le refus persiste.
Pour les extensions génériques comme le .com, l'ICANN encadre les transferts entre bureaux d'enregistrement : sa politique de transfert précise notamment dans quels cas un bureau d'enregistrement peut refuser un transfert. Un blocage temporaire peut toutefois s'appliquer après un changement de titulaire ou un transfert récent : votre bureau d'enregistrement vous en indiquera la durée.
Le cas des noms de domaine en .ci
Le .ci est l'extension nationale de la Côte d'Ivoire. Sa gestion a été confiée à l'ARTCI (Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d'Ivoire) par un décret de mars 2012, et l'ARTCI en assure la gestion courante depuis 2014, selon le rapport de l'IANA sur la délégation du .ci. Les noms en .ci s'enregistrent par l'intermédiaire de bureaux d'enregistrement agréés.
Conséquence pratique : les règles de l'ICANN qui s'appliquent au .com ne s'appliquent pas automatiquement au .ci. Pour récupérer un nom en .ci, identifiez le bureau d'enregistrement qui le gère, demandez-lui la procédure et les pièces exigées, et faites confirmer auprès de l'ARTCI en cas de blocage.
La check-list à exiger au début d'un projet
Le plus simple reste d'éviter la situation. Avant de signer avec un prestataire, qu'il s'agisse d'une agence ou d'un indépendant, demandez que :
- le nom de domaine soit enregistré au nom de votre entreprise, sur un compte dont vous avez les accès ;
- l'hébergement soit à votre nom, ou que le contrat prévoie la remise de sauvegardes complètes ;
- le code source vous soit remis à la livraison, avec la cession des droits correspondante ;
- les comptes Google soient créés avec une adresse de votre entreprise ;
- la liste complète des accès vous soit remise à la fin du projet.
C'est le principe de la dernière étape de ma méthode : hébergement, nom de domaine et passation configurés pour que le client reste autonome.
Si vous récupérez vos accès sur un site vieillissant, c'est souvent le bon moment pour faire le point. Un audit indique ce qui peut être conservé, et une refonte se prépare sans perdre le référencement acquis.
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